Le blog de Lucie GARD

La maison abandonnée.

13 Février 2011 , Rédigé par sitedelabrousse Publié dans #Poésies, pensées...

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Eux sont loin maintenant, et le logis demeure.
On dit qu’il est humide et par le temps miné :
Nul n’a compris, hélas ! qu’il se désole et pleure
Tous les êtres chéris qui l’ont abandonné.

 

Un lierre l’a couvert d’un manteau de verdure
Comme pour en voiler l’éternelle douleur ;
Nul œil indifférent ne doit voir la blessure
Qui ronge lentement la maison jusqu’au cœur.

 

Et souvent, dans les nuits où souffle la tempête,
Lorsque le vent s’attaque à ses murs crevassés,
La maison sent la mort qui passe sur sa tête
Et se dit que peut-être elle a souffert assez...

 

Quelquefois, cependant, l’abandonnée espère
Qu’ils n’ont pas oublié, qu’ils reviendront un jour,
Et voyant sous le vent trembler l’herbe légère :
« Les voilà, pense-t-elle, enfin c’est le retour ! »

 

Mais le jour a passé, déjà le soir est proche ;
Personne n’est venu, ce n’était rien encor.
De l’angelus au loin, grave, tinte la cloche,
Et la vieille maison pleure son bonheur mort.

 

Puisque ceux qu’elle aimait déjà l’ont oubliée,
Puisqu’ils ne songent plus au vieux foyer noirci
Dont la vie à la leur est à jamais liée,
Le reste des mortels peut l’oublier aussi.

 

Elle n’abritera désormais plus personne
Et demeurera seule avec leur souvenir,
Car elle ne veut pas qu’un autre pas résonne
Aux lieux où son amour n’a pu les retenir.

Alice de Chambrier

 

Alice de Chambrier, Femmes poétesses du 19e siècle.
Née le 28 septembre 1861 à Neuchâtel et décédée le 20 décembre 1882, était une poétesse suisse.

Elle écrivit, très tôt, de très nombreuses poésies, jusqu'à sa mort après un coma diabétique.
Un choix en fut publié par Philippe Godet sous le titre d'Au delà, expression qui revient fréquemment dans ses vers.

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sèverine 13/02/2011



très joli mamie.... dis moi la photo tu l'a prise où? je pensais à la joyeuse....



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